Le visa et l'autorisation de résidence pour télétravail international (visa nomade numérique) permettent aux professionnels étrangers qui travaillent à distance pour des entreprises ou des clients situés principalement hors du territoire espagnol de résider en Espagne.
La résidence pour télétravail international s'adresse aux ressortissants de pays tiers qui souhaitent s'établir en Espagne tout en continuant à travailler à distance, au moyen d'outils informatiques, télématiques ou de télécommunication, pour des entreprises ou des clients situés hors d'Espagne.
Contrairement à la résidence non lucrative, cette voie permet bel et bien de conserver une activité professionnelle ou salariée. L'essentiel est que cette activité soit principalement rattachée à l'étranger. Dans le cadre d'un contrat de travail salarié, l'employeur doit être établi hors d'Espagne et l'entreprise doit autoriser le travail à distance. Pour un professionnel indépendant, une partie de l'activité peut être réalisée avec des clients espagnols, mais de façon limitée et dûment justifiée, comme expliqué plus bas.
Il ne faut pas la confondre avec une autorisation générale de travailler en Espagne. L'élément essentiel est que l'activité puisse être exercée à distance et que le centre économique principal du travail se situe hors du marché espagnol.
Le télétravail international convient aux personnes qui exercent déjà une activité professionnelle stable avant de venir en Espagne. Il n'est pas conçu pour celles qui souhaitent s'installer d'abord et chercher un emploi ensuite, mais pour celles qui peuvent justifier d'une relation de travail ou d'une relation professionnelle antérieure, réelle et documentée.
Pour les salariés, il faut justifier du contrat de travail avec une entreprise étrangère et de l'autorisation de cette entreprise à travailler à distance depuis l'Espagne. Pour les professionnels indépendants, il faut justifier d'une relation commerciale avec une ou plusieurs entreprises non établies en Espagne, ainsi que des conditions de la prestation.
Il faut également justifier d'une qualification : diplôme universitaire, formation professionnelle, formation dispensée par une école de commerce de prestige reconnu, ou expérience professionnelle d'au moins trois ans dans le secteur.
Les ressources exigées sont calculées sur la base du Salario Mínimo Interprofesional (SMI, salaire minimum espagnol). En prenant pour référence le SMI de 2026 (1 221 €/mois), les montants indicatifs seraient les suivants :
| Composition familiale | Calcul | Minimum mensuel |
|---|---|---|
| Titulaire seul | 200 % SMI | 2 442 € |
| Titulaire + conjoint | 200 % + 75 % SMI | 3 357,75 € |
| Titulaire + conjoint + 1 enfant | 200 % + 75 % + 25 % SMI | 3 663 € |
| Titulaire + conjoint + 2 enfants | 200 % + 75 % + 25 % + 25 % SMI | 3 968,25 € |
Ces montants constituent un minimum de référence. Dans la pratique, les justificatifs économiques doivent démontrer que les revenus proviennent d'une activité salariée ou professionnelle réelle, stable et compatible avec le télétravail international. L'analyse ne se limite pas à un montant mensuel : elle porte aussi sur la stabilité des revenus, la devise de paiement, la durée des contrats et la cohérence d'ensemble du modèle professionnel.
C'est l'un des points qui suscitent le plus de confusion. Dans le cadre d'un contrat de travail salarié, le travail doit être effectué pour des entreprises établies hors d'Espagne. En revanche, en cas d'activité professionnelle indépendante, la réglementation permet de travailler pour une entreprise établie en Espagne, à condition que ce travail ne dépasse pas 20 % de l'activité professionnelle totale.
Cela signifie qu'un travailleur indépendant ou un professionnel libéral peut avoir une certaine activité avec des clients espagnols, mais que l'essentiel de son chiffre d'affaires et de son activité doit rester hors d'Espagne. Et il ne suffit pas de déclarer que ce seuil de 20 % est respecté : il faut pouvoir le démontrer au moyen de contrats, de factures et de prévisions de revenus.
Cette voie peut emprunter deux chemins. La personne qui se trouve hors d'Espagne peut demander le visa de télétravail international auprès du consulat d'Espagne compétent dans son pays de résidence ; la personne qui se trouve légalement en Espagne peut demander directement l'autorisation de résidence auprès de l'Unidad de Grandes Empresas y Colectivos Estratégicos (UGE-CE), l'unité espagnole chargée des grandes entreprises et des profils stratégiques, par voie électronique.
Le choix entre la voie consulaire et la voie UGE-CE n'est pas une simple question de forme. Il modifie l'autorité chargée de l'instruction, les pièces à fournir en pratique, les délais et la stratégie calendaire du dossier. Il convient d'analyser la situation migratoire actuelle, les délais, le pays de résidence et le moment où la personne souhaite s'installer en Espagne.
Les deux voies permettent à des personnes disposant de moyens économiques suffisants de résider en Espagne, mais elles répondent à des profils différents. La résidence non lucrative s'adresse à ceux qui peuvent vivre en Espagne sans travailler pendant la première période de résidence : rentiers, retraités, familles disposant d'un patrimoine. Le télétravail international, en revanche, s'adresse à ceux qui travaillent, mais à distance, pour des entreprises ou des clients principalement étrangers. Si vous souhaitez résider sans exercer d'activité professionnelle, la voie naturelle est la résidence non lucrative. Si vous souhaitez continuer à travailler à distance depuis l'Espagne, le télétravail international vous conviendra probablement.
Le transfert en Espagne peut avoir des conséquences fiscales importantes. Dans certains cas, les télétravailleurs internationaux peuvent étudier l'application éventuelle de régimes fiscaux spéciaux — notamment le régime dit des travailleurs détachés sur le territoire espagnol (régimen de personas trabajadoras desplazadas a territorio español) — sous réserve de remplir les conditions légales applicables.
Il ne faut pas présumer que ce régime s'applique automatiquement. La résidence administrative et la résidence fiscale relèvent de deux plans distincts. Une personne peut obtenir une autorisation de résidence et avoir besoin, en parallèle, d'une analyse spécifique portant sur l'imposition, la durée de séjour, les revenus étrangers et la structure professionnelle. Lorsque le profil l'exige, nous coordonnons cet examen avec des fiscalistes spécialisés.
Toute activité en ligne ne relève pas automatiquement de cette autorisation. Il faut démontrer que le travail est effectué à distance pour des entreprises ou des clients principalement étrangers, et qu'il existe une relation de travail ou une relation professionnelle réelle, antérieure et documentée.
Pour les profils indépendants, l'une des erreurs les plus fréquentes consiste à ne pas vérifier la part des clients espagnols. Si la facturation, les contrats ou les prévisions d'activité ne permettent pas de démontrer que le travail réalisé pour des entreprises espagnoles ne dépasse pas la limite autorisée, le dossier peut s'en trouver fragilisé.
Une lettre générique de l'entreprise étrangère peut ne pas suffire. Il est préférable de produire des documents précisant la relation de travail, l'ancienneté, les fonctions, l'autorisation de télétravailler depuis l'Espagne, la rémunération, la durée prévue et la possibilité réelle d'exercer l'activité à distance.
S'installer en Espagne pour y télétravailler peut modifier la résidence fiscale ou faire naître de nouvelles obligations. Décider sous le seul angle migratoire, sans examiner l'incidence fiscale, peut être une erreur pour les profils à revenus élevés, détenteurs de sociétés étrangères, percevant des dividendes ou exerçant une activité internationale complexe.
Nous analysons si le profil du demandeur correspond réellement à cette autorisation et examinons la relation de travail ou la relation professionnelle, le pays des entreprises payeuses, la structure de la clientèle, les revenus, la qualification et les pièces disponibles. Nous évaluons également s'il est préférable de déposer la demande auprès du consulat ou, depuis l'Espagne, par voie électronique auprès de l'UGE-CE. En présence d'incidences fiscales significatives, nous coordonnons l'examen avec des fiscalistes spécialisés.